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24Hrs | PHILIPPE DUBATH | 23.09.2008 |
| Le Parc national suisse méritait bien ce livre-là Le Lausannois Pierre Rouyer et le peintre genevois Eric Alibert allient textes et dessins pour emmener le lecteur dans une balade enchanteresse, à la découverte d’une des terres les plus préservées du monde. |
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| On sait qu’il existe, on sait qu’il est beau, on sait que la nature y est préservée depuis près de cent ans, mais on ne pouvait pas, sans s’y rendre physiquement, en humer l’atmosphère, ni en ressentir la profondeur et les mystères. Il fallait un livre au ton juste, un livre qui ne parle pas trop mais montre, un livre qui dise la beauté des lieux sans tomber dans la carte postale. Le ton, Pierre Rouyer et Eric Alibert, l’un par l’écriture, l’autre par le dessin, l’ont trouvé. Ce livre, c’est le parc. Ce livre, c’est le brouillard du Val Sassa (GR), c’est la caillasse en mouvement qui effraie le promeneur plus solitaire que jamais; ce livre, c’est l’ombre du cerf qui vient de passer. Pierre Rouyer, le marcheur, auteur du texte, a parcouru le Parc comme chacun peut le faire. Simplement. En respectant les règles du jeu, c’est-à-dire sans quitter les sentiers, jamais. «Je me suis retrouvé parfois dans un univers où le silence est tel qu’il résonne. Je me suis retrouvé fragile, dans une nature âpre, non pas hostile, mais aux apparences qui peuvent éveiller l’imagination et donc la crainte du randonneur. Face aux indices inconnus, c’est une sorte de peur qui prend le dessus.» Quand Pierre Rouyer — qui est encore rédacteur en chef d’Animan pour quelques semaines — est arrivé à la cabane Cluozza, les gardiens lui ont demandé pourquoi il voulait rester ici cinq jours. «Il n’y a rien à faire ici», ont-ils dit. C’est justement ce qui l’intéressait: ne rien faire. Ou plutôt: regarder, écouter, voir de temps en temps quelque chose. Il résume en un mot: «être». Il a découvert, dans ce voyage ici, sur les terres helvétiques, et non pas à l’autre bout du monde dans un exotisme «tendance», un autre rythme: «J’ai pratiqué la lenteur. J’ai retrouvé ma place dans la nature, j’ai ralenti, ralenti, ralenti. On va trop vite, dans le monde du quotidien, alors on s’arrache, on n’est plus soi-même. Tandis que là, au rythme de cette vie-là, des vies qui m’entouraient, j’ai appris les fleurs, les oiseaux, les arbres, le temps.» Dessins époustouflants Pierre Rouyer aurait pu, lors de ses visites au Parc, prendre des photographies. Il aurait ramené, sans doute, le casse-noix moucheté, symbole du lieu, la biche de l’aube, les fourrés où il lui avait semblé entendre l’ours. Ou le glacier, les pierres, le lichen. Mais le livre était né d’une conversation avec un artiste, Eric Alibert, qui avait travaillé avec Rouyer pour Animan. Les autorités du Parc s’étaient montrées d’emblée intéressées par le projet, qu’elles ont donc soutenu, notamment au vu des dessins et peintures de l’artiste français domicilié à Genève. On les comprend: il ne faut pas grand-chose à Eric Alibert, c’est tout son art époustouflant, pour aller au-delà des clichés et faire apparaître le mouvement, les nuances, la respiration, la fuite, l’attente, le vol, l’espace, le vide, le temps qui a saisi les arbres. Dessins, aquarelles, encres, en 136 images, c’est le souffle du Parc qui passe. L’auteur s’est mis au service de la nature, et c’est ainsi qu’infiniment près des existences et des climats, mêlé aux humeurs du Parc, il en restitue la fascinante longévité. Le livre est aussi un hommage, ce que tient à souligner Pierre Rouyer, «aux gens qui ont permis jadis, c’était en 1914, la création de ce parc. Il est un exemple au niveau mondial, une réussite totale. Probablement l’endroit le mieux protégé du monde. C’est pourquoi il révèle au promeneur, comme peu d’endroits sans doute sur la planète, ce qu’il y a à trouver dans une nature à laquelle on ne touche pas…». Philippe Dubath Nature souveraine – Le Parc national suisse, peintures et dessins d’Eric Alibert, textes de Pierre Rouyer. Editions du Midi. 176 pages sur papier aquarelle. 65 francs. |
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